Un écririen, c'est quelqu'un qui se croit écrivain. Ou qui souhaite l'être. Voilà: souhaiter. Un verbe, pas d'action. Ca s'arrête là: aucune concrétisation de la part de l'écririen. Un écririen, c'est cette personne qui, plutôt que de se lancer dans l'écriture maintenant, se dit: "Quand je serai à la retraite, je serai écrivain!". Synonyme: un idiot. Un lâche. Un frimeur. Mais c'est aussi quelqu'un (et c'est mon cas, je crois) qui sait posséder un certain talent et l'avoir déjà prouvé, mais qui n'est pas toujours (voire, pas souvent) habité par l'urgence d'écrire, et qui, résultat, n'écrit pas. "C'est en écrivant qu'on devient écrivain", nous disait toujours mon professeur (que j'ai déjà cité, mais que voulez-vous, nous aussi on se l'est fait dire plusieurs fois en classe). C'est donc en n'écrivant pas qu'on devient écririen, ajoutais-je ici pour appuyer ma savante définition.
Ne prenez pas mon inaction littéraire et créatrice pour un manque de bonne volonté! Tous les jours, je traine dans mon sac un malléable cahier bleu fort sympathique, dont la couverture caoutchoutée couverte de petits cœurs et les pages bleues dépourvues de lignes rébarbatrices ont tout pour plaire à l'aspirant écrivain. Voilà assurément de quoi donner un bon coup de pied au cul de l'écririen en moi, m'étais-je dit en déboursant les quelques dollars exigés. Mon esprit romanesque s'était dit, alors, que l'inspiration frapperait sûrement plus fort (bang!) si je griffonnait allègrement des pages azures plutôt que de taper bêtement sur un clavier froid et blanc en fixant un écran grésillant (exagération pour l'exemple, l'écran de mon mac étant en vérité tout ce qu'il y a de plus stable et sexy).
Mais justement, ce cahier bleu tout propret d'où devait venir mon salut, il me faisait peur. Comme si j'étais indigne de le souiller de mes encrages incertains. Ça fait que je l'ai volontairement barbouillé, tiens, pour lui donner un air moins neuf, moins... arrogant. Ça a eu, en un sens, le résultat escompté: je ne me sens plus mal d'y écrire des inepties. Conséquence malheureuse mais prévisible: j'y écris, justement, des inepties. Ainsi, m'imaginant, honteuse des orteils aux oreilles, relire mes lignes malhabiles, je n'écris plus. Cet été, je suis un écririen de premier ordre. Je suis un "écrit vain".
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4 commentaires:
OMG! Je te comprends tellement!
J'ai écrit plusieurs débuts de quelque chose sur mon iMac ( Écran sexy, je l'avoue... ) mais je me suis toujours retrouvé à tout effacer, parce que justement : inepties...
Écririen. Comme si j'avais besoin de cet espace confortable qu'est le domaine scolaire pour écrire. Il faut remédier à ça!
Pour une fille qui se traite d'écririen, je trouve que ce post est bien pondu. Je salue ton talent.
Je comprends ton angoisse du cahier neuf... on voudrait que dès le début ça soit bon. Mais un mauvais début est tout de même un début. Et sans début, y'a jamais de fin.
À défaut de remplir ton cahier, viens poster tes inepties ici, je suis certaine d'être divertie quand même!
bisous bisous
Ma Sobe, des inepties venant de ta plume sont plus agréables à lire que n'importe quoi d'autre (except Robin Hobb...). Je t'ai déjà connu plus emballée, plus créatrice spontannée, moins réfléchie, plus libre, moins emprisonnée. C'est peut-être tes jeux de mots d'écrit vain qui te donne la flemme? Je n'attends que de lire tes folleries, si bonnes ou mauvaises seront-elles. Si ça vient de toi, c'est que c'est cool! Je pourrais lui botter le cul, moi, à ton cahier bleu?
xxx
BON, l'écririenne, tu fais exprès ou quoi?!
C'est bon, tu as gagné. Maintenant c'est toi qui fait languir le plus longtemps tes lecteurs.
Alors, tu descends de ton podium et tu viens tout de suite raconter quelque chose!
Merci, bonsoir!
(et bcp de xxx)
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