jeudi 12 novembre 2009

Sous le charme...

Je suis tombée sous le charme du texte de Bashir Lazhar, d'Evelyne de la Chenelière, lecture obligatoire dans un cours obligatoire. À mon grand étonnement, c'était vraiment bien. Le monologue de cet Algérien déraciné, remplaçant dans une classe de 6e année à Montréal, m'a émue. Les vingt-cinq pages de la pièces ont défilé devant mes yeux à toute allure.

Mais ce soir, mausus que j'avais pas envie de sortir de chez moi pour aller voir la pièce au théâtre. J'ai même appelé la billetterie, au cas où mon billet serait remboursable. Ce qui n'était naturellement pas le cas. J'ai pris le bus, cachée dans mon foulard, Louise Attaque bien fort dans mes oreilles. Je me disais que ce serait vite terminé, la pièce ne durant qu'une heure et demie. Et puis, au Périscope, les sièges ne sont pas réservés. Premier arrivé, premier servi. Je me croyais en retard, me suis dit que c'était parfait. Je prendrais un siège au fond, dans un coin, et je roupillerais.

Je suis sortie du bus, j'ai remonté Salaberry. En face du théâtre, sur le trottoir, un éclat brillant a attiré mon attention. Une gigantesque feuille de chêne, dorée sous la lumière du lampadaire. Je me la suis appropriée. Elle étincelait. Même à l'intérieur du théâtre, quand les néons lui ont redonné sa couleur brunâtre de feuille morte, il lui restait comme un éclat, un reflet d'or visible sous un certain angle. Je l'ai déposée sur une table, en espérant que quelqu'un d'autre remarque sa beauté. Je ne voulais pas la garder et courir le risque de la jeter.

J'ai ensuite fait la file en attendant l'ouverture des portes. À ma grande surprise, j'étais dans les vingt premiers arrivés. J'ai lu le Manual de zoología fantástica de Borges pendant ces quelques minutes d'attente et j'ai été charmée par ces courts textes si vivants, si intenses! Les chimères, centaures et autres sirènes vivaient sous mes yeux. Je quittais déjà le monde réel, m'ouvrait à l'imaginaire. Déjà, ma fatigue de la soirée s'envolait.

Quand les portes se sont ouvertes, autre surprise (pour moi qui n'étais jamais allée au Périscope): pas de scène. Le comédien joue sur le plancher où se trouve la première rangée de sièges. J'ai modifié ma stratégie: plutôt que de chercher un coin sombre où piquer une sieste en paix, j'ai décidé de m'obliger à être attentive et me suis plantée au centre de la première rangée. Pour que mes pieds, sur le sol, vibrent au rythme des pas du comédien. Pour vivre la pièce, sans têtes dérangeantes devant moi.

La pièce, c'est Bashir Lazhar qui parle. La plupart du temps, il parle à sa classe. Il est derrière son bureau ou devant le tableau, et il s'adresse à la mer d'élèves devant lui. C'est à dire, nous. Il pose des questions à ses élèves, et le public se retient pour ne pas lever la main et tenter d'y répondre. Quelques rires.

Mais ce n'est pas une pièce drôle, malgré les multiples occasions qu'elle nous offre de nous esclaffer. C'est un texte intelligent et profond sur la justice, la société, la violence. Et le comédien rend à merveille le personnage tendre et rêveur et idéaliste de Bashir Lazhar. Ses yeux brillent, sa bouche se plisse ou s'étire au grée de ses peines et de ses sourires. Et la nôtre aussi. La mienne aussi, en tout cas. Assise à quelques pas de lui, sans obstacle, je deviens le miroir de ses émotions. Et bon bieu que ça gigote, dans mon ventre, toutes ses émotions-là!

Pendant une heure et demie, il parle, il parle, et il se tait, dans des silences emplis de musique arabe, de reportages sur la guerre, de témoignages d'immigrants. Il tourne les pages d'un grand cahier noir, un tableau noir qu'on peut effacer et qui offre la possibilité de recommencer, pas comme les nuits qui se terminent mais ne se recommencent jamais.

Et quand il tourne la dernière page, après s'être fait renvoyer de l'école, après la fable de la petite fille qui se noie dans l'océan, après le témoignage d'un enfant que Bashir aura réussi à toucher, quand, sur la dernière page, apparait le mot "fin", quand tout le monde se lève d'un même mouvement pour applaudir, debout, la magnifique performance qui vient de nous être livrée, je pleure. Je sens mon sourire tout croche, mes dents mordent ma lèvre pour l'empêcher de trembler, mes yeux se plissent et tentent de sourire pour remercier monsieur Denis Gavereaux de nous avoir offert ce melting-pot culturel d'émotions, mais tout ce que mon corps veut, c'est pleurer en paix. Pleurer longtemps. Donner un bec au comédien qui nous remercie en s'inclinant devant nous alors que c'est nous qui devrions nous incliner.

J'y repense et je pleure encore.

Mon dieu que c'était beau.

lundi 26 octobre 2009

Des excuses et une histoire

Mon public me réclame ! Et comment lui résister lorsqu’il envoie comme messagère la plus jolie fille qu’il puisse s’admirer sous le soleil de Farnham ! Oui, je vous ai bien négligés, amis lecteurs !

Si j’étais encore toute petite (parce qu’être enfant dans l’âme, c’est cool, mais avec un corps d’adulte, les gens nous trouvent timbrés quand on agit en bébé. C'est malheureux.), je me justifierais en pleurnichant et en pointant du doigt le responsable du néant bloguistique qui nous attriste tant : « C’est la faute à Facebook ! »

Ben oui, encore et toujours Facebook. C’est si facile, lui faire porter la responsabilité de tout ! « J’ai divorcé à cause de Facebook. » « Ma meilleure amie ne me parle plus à cause de Facebook. » « Mon boss m’a viré à cause de Facebook. » « J’ai pas pu étudier ni faire mes devoirs à cause de Facebook. » Vicieuse création que celle-là, où tous affichent – parfois un peu trop promptement – leurs moindres états d’âme…

Bref : n’eut été de Facebook, vous auriez pu lire ici un savoureux article vantant les joies des activités familiales en plein air, agrémenté de quelques photos des aventures de ma sœur et de moi-même au Parc de la Jacques Cartier. Mais toutes les photos de notre balade en forêt, j’ai eu le bête réflexe de les étaler, sans pudeur, sur LE site où tout le monde est. Et ça m’a ôté le goût de vous raconter notre journée, parce qu’une image vaut mille mots et qu’avec 117 photos, j’allais devoir écrire au moins 117 000 mots pour compenser. Et j’en avais ni le temps, ni le courage. C’est long, 117 000 mots. Juste pour vous donner une idée, là je suis juste rendue à 291.

Il me faut donc trouver un autre texte à vous jeter en pâture. Histoire de vous calmer. Et de me donner bonne conscience.

J’ai, cette session, un cours intitulé « Écriture de fiction I : roman ». Chaque semaine, on ajoute environ 500 mots à ce qui deviendra, à la fin de la session, un « solide » début de roman. Roman qu’on pourra poursuivre, à l’hiver, avec le cours « Projet d’écriture ». Un truc agréablement sérieux. Plaisir tout plein.

Mon début de roman est né de quelques courtes nouvelles toutes simples écrites pendant mon voyage, cet été, à Grand Manan Island. J'ai donc pensé faire de ce blog un truc littéraire, et vous donner à lire la première de ces nouvelles, que j'ai écrite un soir de brouillard sur le traversier qui fait la liaison Blacks Harbour et Grand Manan. Debout sous le vent froid, trempée par les embruns, j'ai griffonné pendant plus d'une demie-heure, jusqu'à ce que mes doigts gelés demandent grâce. Ça a donné ça. Quand vous lirez mon roman (!), vous constaterez l'influence.


Chaque fois que retentit la corne de brume, elle perd le fil de ses pensées et se détourne à contrecoeur de l’horizon dissimulé par le brouillard. Les sourcils froncés, elle contemple les vagues blanches formées par le passage du bateau, en remâchant ses pensées, avant que son regard ne se reporte vers l’est, songeur.

Ann avait huit ans quand son père, guide d’aventure, l’avait jugée assez vieille pour l’accompagner dans une expédition de kayak de mer au large des côtes de la Nouvelle-Écosse. Ils étaient sept, elle comprise. Le ciel était voilé, mais les touristes débordaient d’enthousiasme : ils n’avaient que le mot « whale » à la bouche. Et voilà que justement, à l’instant même où son père proposait de taper des mains sur les kayaks pour avertir les cétacés de leur présence, une énorme tête surgissait des flots à quelques pieds de leurs embarcations. Ann ignorait à quoi ressemblait une baleine. Les fanons dressés à deux mètres d’elle la rendirent muette de terreur. Elle fit pipi dans sa culotte. Dans le kayak voisin, une femme vomit de frayeur. La grande noire s’enfonça dans les flots aussi paisiblement qu’elle en avait émergé. Le guide dut ramener plus tôt que prévu les touristes ébranlés.

L’appel de la corne de brume déchire l’air, longtemps. Le regard plongé dans l’écume des vagues, la femme repense à cet incident, sa dernière sortie en mer. Elle avait cependant emménagé à Grand Manan Island, à quelques mètres de la plage. La traversée en bateau jusqu’à l’île avait été éprouvante. Elle l’avait passée à une table du bar, des lunettes fumées sur les yeux malgré la pénombre, et n’avait osé jeter le moindre coup d’œil à l’océan durant l’heure et demie qu’avait duré le trajet. Ann détestait être sur l’eau. Mais elle aimait sa maison à deux pas de l’océan, cette source d’amour infini et de terreur incontrôlable. Jamais elle ne quittait son domicile.

C’est la faute de Bill, se dit-elle en tentant de percer l’horizon. La menace que constitue le second ouragan de la saison a mené à l’évacuation des îles sur sa trajectoire. Douze ans après avoir emménagé à Castalia, elle retourne sur le continent pour la première fois, contrainte et forcée. Et, debout sur la passerelle du navire, voilà que l’océan l’ensorcelle. Les eaux vivent sous le ventre grondant de l’immense traversier blanc.

La corne de brume retentit à nouveau, elle sursaute. Un marin qui passait s’arrête.

- You’ all right, ma’am?

Sans répondre, elle plante son regard dans le sien. Comment lui dire qu’elle se sent dépossédée de son corps par cet océan trop vaste, et transie jusqu’aux os, et effrayée à l’idée de peut-être voir une baleine surgir des eaux, peur de rester de marbre ou, pire alors, peur de se sentir envahie d’un amour monstrueux, trop grand, que la possibilité de cet amour brûle dans sa gorge, qu’elle a besoin du vent qui souffle autour d’elle pour ne pas oublier de respirer, et que lui soudain, si jeune et beau et arrogant, son corps musclé et bronzé moulé dans un simple t-shirt malgré le froid, elle a envie de s’accrocher à son bras tatoué comme à une bouée de sauvetage. Mais voilà, la corne de brume beugle encore, elle tressaille, son cœur bat un coup de trop, elle suffoque et se détourne du marin qui la regarde toujours, un demi-sourire incertain au coin des lèvres. Puis il passe son chemin, le marin, en la saluant, il dit qu’il sera à l’intérieur et qu’elle ne doit pas hésiter si elle a besoin de quoi que ce soit. Le charme est rompu, elle hoche distraitement la tête, le regard de nouveau fixé vers l’horizon qu’elle devine, dans la crainte de voir surgir à la surface des flots un dos luisant, et craignant encore davantage, peut-être, de ne pas en voir, de ne pas remarquer ce dos noir, le méprenant pour un mouvement de la mer. Ou peut-être, finalement, a-t-elle peur de croire enfin voir une baleine, et que ce ne soit finalement que la houle mensongère, et la déception de constater son erreur, laquelle lui apprendrait hors de tout doute qu’elle ne craint pas la mer, mais qu’elle en est bel et bien amoureuse.

Et souffle la corne de brume, encore, et Ann sursaute, encore, puis, comme somnambule, elle titube en s’avançant, malgré la houle de plus en plus violente, vers le devant du traversier, là d’où provient l’appel du navire aveugle à la nuit noire et brumeuse. Et là, le regard fixe, droit devant, elle devine la terre par-delà le brouillard et le crachin. Une bourrasque la frappe en plein visage, ses cheveux détrempés se plaquent sur ses joues et son cou, cachent ses yeux, se mêlent au vent.

La corne de brume retentit alors dans ses oreilles, des milliers de décibels, les tympans d’Ann explosent, elle hurle aussi, de douleur, porte les mains à ses oreilles, ses yeux se ferment sur des larmes incontrôlables.

Elle ne voit pas surgir des vagues, langoureux, le long dos couleur nuit de la paisible baleine à bosse.

vendredi 17 juillet 2009

Confession d'un écririen

Un écririen, c'est quelqu'un qui se croit écrivain. Ou qui souhaite l'être. Voilà: souhaiter. Un verbe, pas d'action. Ca s'arrête là: aucune concrétisation de la part de l'écririen. Un écririen, c'est cette personne qui, plutôt que de se lancer dans l'écriture maintenant, se dit: "Quand je serai à la retraite, je serai écrivain!". Synonyme: un idiot. Un lâche. Un frimeur. Mais c'est aussi quelqu'un (et c'est mon cas, je crois) qui sait posséder un certain talent et l'avoir déjà prouvé, mais qui n'est pas toujours (voire, pas souvent) habité par l'urgence d'écrire, et qui, résultat, n'écrit pas. "C'est en écrivant qu'on devient écrivain", nous disait toujours mon professeur (que j'ai déjà cité, mais que voulez-vous, nous aussi on se l'est fait dire plusieurs fois en classe). C'est donc en n'écrivant pas qu'on devient écririen, ajoutais-je ici pour appuyer ma savante définition.
Ne prenez pas mon inaction littéraire et créatrice pour un manque de bonne volonté! Tous les jours, je traine dans mon sac un malléable cahier bleu fort sympathique, dont la couverture caoutchoutée couverte de petits cœurs et les pages bleues dépourvues de lignes rébarbatrices ont tout pour plaire à l'aspirant écrivain. Voilà assurément de quoi donner un bon coup de pied au cul de l'écririen en moi, m'étais-je dit en déboursant les quelques dollars exigés. Mon esprit romanesque s'était dit, alors, que l'inspiration frapperait sûrement plus fort (bang!) si je griffonnait allègrement des pages azures plutôt que de taper bêtement sur un clavier froid et blanc en fixant un écran grésillant (exagération pour l'exemple, l'écran de mon mac étant en vérité tout ce qu'il y a de plus stable et sexy).
Mais justement, ce cahier bleu tout propret d'où devait venir mon salut, il me faisait peur. Comme si j'étais indigne de le souiller de mes encrages incertains. Ça fait que je l'ai volontairement barbouillé, tiens, pour lui donner un air moins neuf, moins... arrogant. Ça a eu, en un sens, le résultat escompté: je ne me sens plus mal d'y écrire des inepties. Conséquence malheureuse mais prévisible: j'y écris, justement, des inepties. Ainsi, m'imaginant, honteuse des orteils aux oreilles, relire mes lignes malhabiles, je n'écris plus. Cet été, je suis un écririen de premier ordre. Je suis un "écrit vain".

vendredi 8 mai 2009

Melting-pot estival

Ah la la... j'aimerais tant vous entertainer de beaux et longs messages palpitants-slash-littéraires! Vous faire rêver au fil des mots... Publier des photos rigolotes où ma face n'est pas à son avantage... J'ai envie d'écrire! Je cite mon prof: "C'est en écrivant qu'on apprend à écrire". Justement... c'est des romans, des nouvelles que j'ai envie de vous écrire. J'ai plein d'idées! 
Je vois un homme marcher sur le campus désert. Il boite d'une drôle de façon. Il me prend alors l'envie de décrire très minutieusement sa démarche, en une page. Pas facile. 
Je pense à une nouvelle érotique, et je la poétise. Je crée des images: la fille a la bouche profonde comme la nuit. C'est presque beau. 
À l'hôtel où je fais du remplacement, je prépare un recueil de nouvelles scabreuses impliquant les réceptionnistes et les femmes de chambre: l'une arbore un bras déchiré et suturé, et elle prétexte une agression de chien. Pourtant, la vitre du sous-sol est brisée, et la blessure à son bras ne ressemblent pas à une morsure. Une autre fille est schizophrénique et nymphomane. Elle ramène des gars à l'hôtel et couche avec eux dans les chambres vacantes, puis refait le lit sans changer les draps couverts de sperme. Deux femmes se haïssent à propos d'une histoire louche impliquant un client, et chacune présente une version des faits très différente: laquelle croire?
Me volez pas mes idées, là! Vous les présenter me permet de brain-stormer de façon cohérente. Parce que mes notes à moi sont pas mal chaotiques...
***
J'suis allée passer quatre jours à St-Armand. On est gaiement descendus de Québec sous un magnifique soleil, et c'est avec tristesse qu'on a quitté la Montérégie sous la pluie. Météo du moral, dirait Facebook. Chez Papa-Maman, un Français en stage occupe ma chambre. Ça fait que Tom et moi occupions celle de JoBe. Et JoBe a hérité du futon dans le salon. Ceux qui connaissent ma maison savent que dormir en plein milieu de notre salon, c'est aussi drôle que de dormir sans tente en plein milieu d'une autoroute, moustiques en prime. Heureusement pour JoBe, c'était que pour une nuit, on repartait le lendemain de son arrivée. 
***
C'est l'été! J'ai une pile d'une douzaine de livres qui attendent d'être lus pour mon simple plaisir. J'ai eu le temps d'en lire deux avant que mon prof m'envoie le plan de travail pour mon cours d'été. Les vacances auront été de courte durée... dès demain, je m'enfonce dans la littérature franco-acadienne. Au programme: 9 romans à lire, trois films à voir, quatre réflexions de 3 pages, une analyse de 10 pages, et un exposé oral. Mouaip... heureusement qu'au boulot, c'est assez mort (sans jeu de mot plate) et que j'ai du temps pour lire...
***
Et pis vous autres? Ça va bien? (ceci est probablement ma plus moche conclusion à vie...)

vendredi 24 avril 2009

Une vie en fin de session

Je relisais quelques vétustes publications de ce blog et me disais: "Parbleu! Il est temps que revive ce lieu de mots!" Parce que Facebook, c'est quand même chouette pour les photos, mais c'est pas là que j'ai envie de vous raconter ma vie. 

Ma vie... En fin de session, ces mots prennent une drôle de tournure. "Ma vie" consiste en un savant mélange de procrastination utile (clean up de la salle de bain et classement des t-shirt par couleur suivant un dégradé longuement étudié), de procrastination inutile (découvrir Facebook) et de pitchage de mots sur Word pour avoir A+ en croisant les doigts et en souhaitant que la magie existe.

Et puis, j'en profite pour accueillir ma petite soeur. Ses copains étaient partis au Pérou, et pas elle. Ça fait qu'elle s'est fait son propre voyage à Québec city. En fin de session, se faire visiter par une accro du shopping, c'est pas toujours 
l'idéal. Et puis, pour le dodo, c'est hard: après avoir profité du sommeil de la bête sur le lit de camp improvisé pour enfin bosser sur une analyse de la figure de la femme dans Un dieu chasseur, je me glisse au lit, prête à savourer une longue nuit de récupération. Mais aux petites heures de la pas-encore aube, Shick décide qu'elle n'arrive pas à dormir. Et qu'elle serait vraiment mieux avec moi, à prendre toute la place dans mon lit simple. Et, en plus, quand j'ai eu l'audace de changer de côté pour faire dos au vide et, ainsi, me retrouver à dormir face à face avec Shick, j'ai eu droit à un sympathique "Retourne toi, tu pues de la bouche" de la part de l'intruse. Yé.

Et puis... La même charmante petite, après avoir obtenu de moi que nous dînions au restaurant, a demandé à aller se faire bronzer. Le bal des finissants s'en vient. On va donc s'installer sous les néons, sensation chaude et agréable pour relaxer en fin de session, me dis-je. Résultat: un coup de soleil dans la crak de sein. Agréable. "Chéri, no contact pour quelques jours, stp..." Et pis le même soir, on décide d'écouter un film, quitte à ne pas le terminer pour que Shick se couche tôt et que je puisse retourner à l'opposition homme-femme dans le roman de Soucy. Sauf que là, à 23h, quand je veux arrêter le film, y'a bébé qui pleure: "NON! C'est le meilleur film que j'ai vu de TOUTE ma vie, arrête-le paaaaas!". Et merde pour la disser'. 

Bon, et puis, dans un autre ordre d'idées... y'a eu le lancement de Chameaux! Notre bébé-revue, en gestation depuis deux ans, a enfin vu le jour! Yé! On a fait une soirée de lancement au Fou-Bar, à Québec, et quelle réussite! Le doyen de la faculté et son épouse étaient là, de même que trois autres profs qui nous épaulent à fond. Le vin était bon, la musique aussi, les exemplaires de la revue sont partis comme des petits pains chauds (bon, on les vendait pas, c'était gratuit... ça a sans doute contribué à leur succès!). Enfin, on pouvait retourner à nos préoccupations scolaires et arrêter de lire et relire et corriger et revoir chaque texte pour s'assurer que tout est ok avant de lancer l'impression... Et puis on a même été interviouvé! Texte ici: http://www.aufil.ulaval.ca/articles/dos-chameaux-16351.html 
Et sur la photo: Moi, Julien, Jeanne, Nicolas et Élise, parents fondateurs de Chameaux (en plus de mon amoureux, Tom, qui n'était pas là pour la photo). 
J'en profite pour lancer l'invitation: le prochain numéro, dont le thème sera "le voyage, dans et par la littérature" devrait sortir à l'automne. Ne vous gênez pas pour soumettre des textes réflexifs ou des créations! 

Et puis voilà... la session s'achève dans la joie et l'enthousiasme général! Mardi, tout sera fini. Pas le bacc', naturellement: il me reste trois cours pour terminer littérature, et j'ai un certificat en création littéraire à faire en même temps, mais ça va bien aller. 

Bonne fin de session, bon printemps, profitez du soleil et du beau temps!

mercredi 11 mars 2009

Je mange du manger mou et tiède

Parfois, les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Surtout quand on avait pas vraiment prévu quoi que ce soit...

Ça a commencé par un drôle de semi-réveil, en pleine nuit. L'impression d'avoir quelque chose sur la langue. Tentative ensommeillée de recracher. J'ai fait l'inverse et je l'ai avalé. Avalé quoi? Je sais pas. Je dormais. Peut-être que j'ai rêvé.

La même semaine, j'avais des douleurs derrière ma dernière molaire. Dent de sagesse en pleine croissance. Sofia +1, sage que je suis. Bobo quand même... Naturellement, je passe mon temps à promener ma langue dans ce coin-là, pour suivre le développement de ma dent. En frôlant la dernière molaire, je sens comme un trou, aux bords acérés. Ça me dérange, j'y pense, et j'appelle chez mon dentiste. 

- Allô! J'ai une dent de sagesse qui pousse, et la molaire juste à côté a l'air d'être trouée... c'peut-tu que j'aie perdu un plombage? Pouvez-vous vérifier dans mon dossier si j'ai déjà fait plomber cette dent? ("Non" me surprendrait, avec tous les sous que j'ai mis pour réparer mes dents, je pourrais me payer quelques aller-retour France-Québec). 
- Dr. Anick est en vacances cette semaine, elle revient la semaine prochaine. Mercredi, ça vous irait? 11h?
- Ok!

Et je raccroche, et au moment où je raccroche, je me rend compte que je n'ai pas du tout "été répondue" et que j'en voulais pas, moi, de rendez-vous! 

Bon. Au moins, la dentiste va pouvoir me le dire, si j'ai perdu ou pas un plombage. En attendant, je me brosse très très bien les dents. 

Je vais à mon rendez-vous ce matin, dans la salle d'attente je révise pour un exam de cinéma à 12h30. Mon tour arrive, on me demande d'ôter tous mes bijoux pour prendre le panoramique. "Kossé?", je demande. "Ben on va prendre une radio, pour voir ta dent de sagesse. La dernière radio remonte à 2006, elle est pu bonne." Ah bon. Moi je veux juste savoir ce qu'il en est de mon plombage, mais si ça vous fait plaisir...

Je m'installe ensuite sur la chaise longue, et ça ne prend qu'une demi-seconde à la dentiste pour me dire que j'hallucine et qu'il n'y a aucun problème avec ma dent. Mais elle peut me la polir pour que ça m'agace moins. "Ok!", je dis. C'est fait, ça a pris 13 secondes au total, et je m'apprête à me relever pour aller à mon examen de cinéma. Sauf que là, la dentiste sort ses machins de torture genre seringue et pinces. "Euh?", je demande. "Ben on va enlever ta dent de sagesse, elle est assez sortie et elle appuie sur ta molaire. L'autre à gauche est pas sortie, ça peut attendre", me répond ma dentiste. 

Je venais pas pentoute me faire charcuter, moi... Je proteste faiblement: "Ben j'ai un examen tantôt, je veux être correcte, tsé à ma dernière dent de sagesse j'étais tombée dans les pommes, là..." La dentiste m'interrompt: c'est une dent en haut, full simple à extraire, je serai presque pas gelée, ça va prendre deux minutes. J'ai rien le temps de répondre, en moins de deux on m'a surgelée, charcutée et recousue. Et on a retiré 170$ de mon compte. 

Tout ça parce qu'une nuit, je me suis réveillée avec l'impression d'avoir avalé un plombage. 

La meilleure façon de se changer les idées avant un examen stressant: changer le mal de place. Radical, mais ça marche.

samedi 10 janvier 2009

Arrêts sur image

Quelques "photos" du temps des fêtes...


26 décembre: le soleil entame doucement sa chute vers l'horizon, il fait de plus en plus sombre. Dans la forêt enneigée, sur une petite bute, la silhouette d'une cabane de bois rond se découpe sur les minces arbres. Nous sommes neuf, soeurs, copains, parents et cousins, éclairés par la seule lumière tremblotante de trois lampes à l'huile, réchauffés par un vaillant poêle à bois ronflant, et nous jouons, tous ensemble, quelques parties endiablées de "Loup-Garou", à la brunante. Le vent souffle contre les fenêtres.

30 décembre: il fait nuit, je somnole au volant. De retour du travail, à 22h, je suis arrêtée à un feu rouge. Une flèche verte apparaît pour autoriser le virage à droite; malheureusement, je vais tout droit. Je constate que la voiture derrière moi clignote à droite. Imaginant l'ire du conducteur dont je bloque le chemin, je regarde anxieusement dans le rétroviseur. Mon regard s'attarde un instant sur le long et tendre baiser échangé entre le conducteur et sa passagère. Je souris: ils ne sont pas pressés.

31 décembre: "Ok gang il est presque minuit!" On s'active, quelques uns travaillent à faire prendre un feu dans le petit poêle à bois, on s'entasse en riant sur les sofas. Pas de télé ni de radio pour suivre le décompte. Chacun regarde son cellulaire ou sa montre. "Il reste une minute!", crie quelqu'un. Personne n'a la même heure. Soudain, une voix s'élève: "Ben j'veux pas casser le party, mais sur mon cell il est minuit depuis déjà deux minutes..." Chaos. On a peut-être célébré le Nouvel An trop tôt, ou trop tard. On ne saura jamais.

1er janvier: devant les portes du cinéma IMAX, attente avec Thomas et ses parents pour (enfin) voir U2 3D, spectacle numérisé tant vanté. Mon regard capte un mouvement furtif dans la pièce, près d'un mur, à la limite de mon champ de vision. Je lève les yeux: une mignonne bestiole à poil rôdait dans la sale, trottinant impunément à la recherche de popcorn. Et aux mines dépitées des employés avisés par des clients effrayés, le rongeur rôde toujours...

3 janvier: selon MétéoMedia, avec l'aide du facteur vent, la température avoisine les 25 degrés sous zéro, ce soir. Je rentre tranquillement d'un souper avec ma petite soeur, et je dois soudain immobiliser ma voiture pour laisser circuler deux autos qui viennent en sens inverse. Je m'engage alors dans la voie de gauche, en contre-sens, pour contourner "l'obstacle": devant moi se balade, à bonne allure, un type en... patins à roues alignées! Aux sportifs d'hiver, je lève mon chapeau (ma tuque).

5 janvier: Josée derrière le volant, Thomas à ses côtés, moi derrière. Nous roulons à bonne allure en direction de St-Armand-les-Vents, visite express à la familia. Nous avons choisi de faire un détour de plus d'une trentaine de minutes pour nous arrêter à Granby, au Saucissier, histoire de déguster une bonne saucisse-choucroute. Nous en avons parlé pendant tout le voyage, de cet excellent casse-croute. Enfin stationnés, nous nous pressons vers la porte du tant aimé restau. "En vacances, de retour le 18 janvier. Joyeuses fêtes!".

9 janvier: Au supermarché, JoBe et moi passons à la caisse, gaiement. Mes achats totalisent 63$ et quelques sous. Promotion de la semaine: "Avec chaque tranche d'achat de 60$, obtenez gratuitement un cantaloup". "La semaine passée, me dit JoBe, c'était un brocoli, leur promotion." Parfois, je trouve que les stratégies marketing sont vraiment drôles!

9 janvier encore: Arrivée à la course au boulot, à 15h58, j'ai tout juste le temps d'ôter mes bottes que, déjà, le téléphone sonne. On attend de moi que je réponde quelque chose comme "Nom de l'entreprise, bonjour" ou "Nom de l'entreprise, Sophie Benoit, comment puis-je vous aider?", mais, pas trop trop dans le beat encore, moi j'y vais d'un claironnant et confus: "Sophie Benoit bonjour!" Oui, j'ai eu droit à plusieurs paires de gros yeux braqués sur moi. Gaffe. Et c'était pas tout.

9 janvier, 1 minute après: 4 lignes clignotent sur le téléphone, attendant impatiemment que je daigne m'occuper de leur monsieur-madame-à-l'autre-bout. Je tente d'expliquer à quelqu'un le chemin pour se rendre à un de nos salons. Je SAIS où est situé ce salon, et je connais même TRÈS BIEN le chemin pour s'y rendre, en voiture, vélo, bus ou raquettes... L'homme à l'autre bout ne me croit pas. "Bon. Attendez un instant, monsieur, je vous reviens", dis-je. Je met l'appel en garde, le temps de dénicher un plan map-quest pour mon incrédule. "Câline, pourquoi-s-qu'y me croit pas, lui? J'le sais, le foutu ch'min...", que je marmonne, le micro du casque d'écoute bien dirigé vers ma bouche. Léger bruit dans mes oreilles. Temps d'arrêt. Mon coeur rate un (ou deux) battements. "Monsieur?", hésitais-je. "Oui?", qu'il me répond, du ton de celui qu'on a pas vraiment mis en attente et qui a tout entendu... Non, vraiment, c'était pas ma soirée.

Et ceci clôt cette rafale d'images brèves résumant mon temps des fêtes, qui fut d'ailleurs fort gai. Plaisir, copains, alcool et cadeaux en masse, un mois de répit bien rempli avant la rentrée, lundi! À ceux qui retournent en classe (ou qui ont déjà recommencé), je souhaite mes meilleurs voeux de succès, et une très bonne année à tous!