mardi 26 août 2008

When you wish upon a star

Souvent, cet été, j'ai voyagé à vélo, autant pour les cours, les courses que le boulot. Parfois par obligation certes, mais généralement par choix: le vélo, c'est plus chouette et plus rapide que le bus, moins cher et plus valorisant que l'auto. C'est écolo, et ça met en forme mes mollets. Avec un peu de chance, ça me permet aussi de bronzer. Mais le vélo, c'est pas toujours une mince affaire. Sortir du travail et rentrer chez soi sur deux roues à l'heure de pointe, oui c'est pratique, on peut doubler toutes les voitures, mais alors qu'on slalome allègrement d'un côté et de l'autre, même avec un chouette casque aérodynamique full ventilation bien vissé sur le coco, on sait que le moindre relâchement de vigilance peut nous être fatal. Faut avoir des yeux tout le tour de la tête (ou, à défaut de cela, de bons rétroviseurs). Et puis, le vélo, c'est agréable sur terrain plat, sur les bandes cyclables soigneusement aménagées pour notre bon plaisir, mais dans la vraie vie, quand on habite dans la haute-ville et qu'on travaille dans la basse-ville, même quand on emprunte la rue de la Pente "Douce" pour remonter à la maison, c'est avec les jambes en coton et le coeur qui gigote comme une grenouille épileptique qu'on met enfin le vélo au garage à 16h30... 

MAIS!

Mais. Il y a le vélo, de nuit. Et là, la circulation n'est plus un problème. Là, les pentes ne sont plus désagréables. Là, le soleil et la chaleur ne sont plus accablants. C'est à ce moment-là, quand je rentre d'une soirée de travail ou d'une sortie nocturne dans le Vieux-Québec, que le vélo prend toute sa signification. La route est à moi. Le vent qui siffle tout autour de moi est à moi. Le ciel et ses minuscules étoiles urbaines sont à moi. Le froid est un allié, il fouette le sang et mobilise toute la volonté de mon corps épuisé. Mes oreilles engourdies battent au rythme de mon coeur, je file à toute allure, je ne sais pas si vous imaginez à quel point, putain, je suis bien!

Et tout ça, juste pour parler des étoiles, parce qu'elles sont belles. Parce qu'en ville, parfois on les remarque, comme ce soir, à vélo, dans les rues que le budget municipal à rayées de la liste de celles nécessitant des lampadaires, quand la noirceur permet d'apercevoir, un instant, la Grande Ourse ou la Petite (là je bluffe un peu, parce que je reconnais seulement la Grande). Un minuscule scintillement, un clin d'oeil timide. On s'y habitue, à la limite on ne les voit plus. Les lumières de la villes sont plus euphorisantes, pour certains. 

MAIS!

Mais. Il y a les étoiles de la campagne. Je vous dit ça, ça m'est arrivé deux fois déjà, ce choc stellaire. La première fois, j'habitais Paris depuis un peu plus d'un mois. Paris, parlez moi donc d'une ville comme ça, si éblouissante que les étoiles semblent gênées de se montrer, honteuse de leur lilliputienne pureté. Ni vues, ni connues, je crois que si j'avais habité Paris toute ma vie, je n'aurais pas connu le sens du mot "étoile". N'empêche: cette fois-là, cet automne-là, je suis partie en Bretagne, pour ceux qui s'en souviennent, histoire de vivre deux nuits dans la forêt de Broceliande, "seule chez un homme étrange qui vit dans un chack en bois à l'orée de la forêt de Merlin", pour reprendre les mots d'Édith ("t'es folle!", ajoutait-elle). Là bas, j'ai eu ma yourte à moi (et au chat), et je retrouvais la campagne pour la première fois depuis une éternité (il me semblait). Un peu avant de me mettre au lit, le premier soir, je suis sortie de ma yourte et je suis restée figée, bouche bée, ensorcelée, hypnotisée, sous l'emprise du plus fort coup de foudre de ma carrière de femme. Le ciel, il était rempli d'étoiles. Le ciel, il est toujours rempli d'étoiles, mais l'urbanisme nous fait croire le contraire. Les néons sont nos étoiles. On est brainwashés. Mais là, j'ai reçu une décharge électrique qui m'a ressuscitée. Et je suis restée figée durant de longues minutes, la tête au ciel, les lucioles aux yeux. C'était beau, les copains, c'était BEAU! Il faut le vivre, c'est même pas descriptible, un ciel tout noir, qu'aucune lumière ovni ne traverse ni ne trouble, constellé (c'est le mot) de toutes ces constellations, comme une incroyable tapisserie. 

Je disais que cette constatation choc m'est arrivée deux fois. La seconde, c'est cette nuit, j'ai un peu vécu l'effet inverse: j'ai subitement pris conscience de la pauvreté du ciel de Québec, alors que seules quelques super-puissantes parviennent à attirer l'oeil un bref instant. Ce soir, j'ai ressenti une très forte nostalgie de ces cieux campagnards si beaux qu'on ne prend pas assez le temps de savourer, et desquels on ne peut que rêver, quand ils sont loin. 

Édith parlait de Mars aussi brillante que la Lune. Naïveté ou pas, moi je dis que c'est pas grave, l'important c'est de prendre le temps de se lever la tête et de les regarder un peu, les étoiles. 

4 commentaires:

Edith a dit…

Tes mots sont magiques, peut-être aussi intensément que les moments que tu nous racontes. Je suis heureuse de constater que tes mollets restent en forme et que Québec continue de t'inspirer des aventures.

En ce qui concerne les étoiles, une chose qui me fascine, c'est de penser que dans le ciel nous voyons des étoiles brillantes, mais que p-e ces étoiles sont mortes depuis belle lurette. La distance entre elle et nous étant si énorme que ses rayons lumineux nous parviennent encore. Incroyable, non?!

xxx

matt's bullshits a dit…

Que dire de plus ?
Encore un récit enchanteur qui illumine la nuit parisienne, hélas fort peu étoilée (les lampadaires, ça compte ? :-( ) !

SoBe a dit…

J'aime mon public et mon public m'aime! (qui est-ce qui disait ça, donc?)

Yé!

C'est vrai que penser à la mort possible des étoiles est particulièrement fascinant, un peu comme si on se faisait vraiment avoir, une genre de machination cosmique: "Haha, regarde-les, les morons, ils croient encore à la Grande Ourse! Haha! Si seulement ils savaient que l'Étoile polaire est morte il y a tout plein de décennies! Haha!"

Moi ça me rend triste, ces choses-là...

Alors Matthieu, disons que tes lampadaires parisiens ont droit au titre de "wannabe étoile", parce qu'ils illuminent et font briller les yeux, et qu'eux, au moins, ils ont l'honnêteté de nous le faire savoir rapidement, quand ils meurent. C'est plus poli, bon.

moman mary a dit…

Bon, il faudra lorsque tu viendras à la maison aller se promener ensemble pour épier ces petites pépites d'argent qui ornent le ciel ici. Le temps passe trop vite et je crois que tu as oubliée la beauté du ciel chez vous même, là ousque tu es née.Ici c'est tous les soirs que l'imagination vagabonde lorsque nous les regardons par millier, illuminer notre ciel.