Ce devait, au départ, être une rencontre familiale: cousins cousines, oncles tantes, grand-maman, tous réunis dans le cadre enchanteur d'une auberge de

Charlevoix pour fêter l'anniversaire du plus jeune des oncles de Tom, qui n'en a rien à cirer, de sa famille. Mais c'est une chouette occasion de couple: deux nuits d'escapade romantique entre fleuve et montagne pour presque rien. On est contents, surtout qu'après confirmation, on apprend qu'on nous a assigné, au 3e étage, dans une lucarne, une chambre baptisée "le noeud d'amour". Nous somme béats.
Ce devait être, au départ, une rencontre familiale, mais la femme du fêté a décidé, sans rien dire à qui que ce soit, qu'elle invitait la grande bande des copains de son époux - dont François Pérusse et Pierre et Sylvie, les ex-animateurs de feu Bête pas bête +, pour l'anecdote. L'oncle, accessoirement l'un des propriétaires de l'auberge où nous résiderons, avait fort heureusement réservé TOUT le bâtiment pour la fête. Mais une réorganisation de chambres s'imposait.

(Précisons d'abord une chose avant de continuer: Tom a le bonheur et/ou le malheur [selon les aspects considérés] de toujours habiter chez ses parents. Avec lesquels il entretient une relation froide et distante, leur surprotection à son égard depuis sa tendre enfance l'ayant mis à boutte, comme on dit. Bref: il cherche souvent à passer le moins de temps possible en leur compagnie.)
Ce devait donc être une rencontre familiale, ce ne l'était plus, on devait avoir le "noeud d'amour", on ne l'avait plus. On avait maintenant le "bouquet de la mariée". Romantique? Non: cette chambre, allez savoir pourquoi, est liée à "papillon" de la façon la plus intime qui soit, à savoir par la salle de bain. Et "papillon", c'était la nouvelle chambre assignée aux parents de Tom. Eux, une petite salle de bain, nous.

Devant cette nouvelle donnée, on a réfléchi: irons-nous ou pas? Si on paie, on veut quand même que ça nous plaise! On y pense un peu, et on dit OK, c'est pas la fin du monde, partager une salle de bain.
Mouais.
Le timing était mauvais: fin de session, rush de travaux et d'examens. On se dit que tant pis, on apportera mon portable, et on travaillera dans notre chambre, quitte à passer pour des asociaux.
Mouais.
On arrive sur les lieux après plus d'une heure de voyage dans la brume

la plus totale, haut dans les montagnes. À la Petite-Rivière-St-François, on ne distingue pas le fleuve du ciel. On se stationne en même temps que le couple de (feu)
Bête pas Bête +, dont le monsieur se révèlera être un vrai
party animal (sans jeu de mots poche). Il neigeasse, tout est brouillageux, la montagne est superbe.
Mais là, on découvre la chambre. C'est presque drôle. Minuscule, genre... la plus petite de toutes (on le sait, on a visité toutes celles qui étaient encore inoccupées). Un lit, un placard, une chaise. That's it. Travailler là? Être deux à travailler là? Impossible. Mais on découvre un petit salon dans le voisinage: on y vole un fauteuil, deux petites tables, une poubelle, une lampe et une boîte de kleenex. Avec ça, Tom s'installe un espace de travail potable. Moi je décide que le salon sera mon bureau: la vue y est magnifique!
Jusque-là, ça allait. Mais où ça se corse, c'est qu'au moment de s'enfermer dans nos quartiers pour la soirée, on comprend vraiment toute l'horreur de l'expression "salle de bain partagée".

Il y a la chambre des parents. Une porte donne sur la salle de bain, dans laquelle une 2e porte donne sur notre chambre. Il faut:
1-veiller à verrouiller les deux quand on y est, histoire de ne pas se retrouver fesses à l'air devant les beaux-parents.
2-s'assurer de ne pas faire trop de bruit en faisant ses besoins parce que les murs sont mal insonorisés (voire pas du tout) et c'est gênant.
3-discuter beaucoup trop avec tout le monde pour ne pas se piler sur les pieds à l'heure de la douche.
Malgré les discussions et les précautions, on entend tout, le verrouillage des portes cause problème, et on se fait réveiller par le beau-père dans la douche à 7h30 le matin.
Le premier soir, on était morts de rire, Tom et moi, tellement c'était ridicule. "Quand on est en vacances, j'essaie d'éviter mes parents le plus possible, et puis là, je suis encore plus proche

d'eux que chez nous!", s'énervait mon copain. On entendait les ablutions de nos compagnons de salle de bain comme si on y était, et le bruit de la porte sans cesse verrouillée et déverrouillée nous faisait à chaque fois penser que quelqu'un allait entrer. Difficile, dans ces conditions, de prendre un bain en couple et impensable de s'adonner à quelques plaisirs charnels puisque les sons traversent allègrement les deux portes de la salle de bain (on entendait clairement beau-papa gratter doucement les cordes de sa guitare à minuit et demie malgré la salle de bain entre nous). L'escapade romantique initialement prévue, elle est depuis longtemps oubliée: c'est chasteté et tranquillité, ou malaise assuré.

Samedi, on a réussi à travailler. On est allé marcher et prendre des photos le long du fleuve, il faisait beau et frais, ça nous a remis les esprit en place après la relativement mauvaise nuit qu'on avait passée. De midi jusqu'à l'heure du souper, dans mon petit salon privé, j'ai travaillé sur mon portable. Vers 15h30, l'oncle de Tom entre dans la pièce: il faisait visiter "son" auberge à des amis tout juste arrivés pour la fête. J'étais dans le décor, alors il me les présente: Mélanie, François et Frédéric. Je les salue, fais une petite blague en regardant le père et le fils ("Alors Frédéric (en pointant le grand) et François (en montrant le bébé), ou l'inverse?"). On me répond, puis ils repartent, le couple étant ensuite guidé à sa chambre (en face de la nôtre). Deux minutes après, Tom sort et vient me rejoindre: "Eh ben, on a Pérusse comme voisin d'en face! C'est drôle!" Et moi de me rendre compte que François Pérusse, ben j'avais fichtre aucune idée de la face qu'il a! Et d'être gênée de ne pas l'avoir reconnu, de ne pas avoir fait le lien...
Bref.
Samedi soir, on trouvait le temps long. Ne nous sentant pas très concernés par le party au sous-sol (et étant moyennement intéressés à nous retrouver entourés d'adultes saouls qui se trouvent dont ben drôles à danser des sets carrés), on a encore une fois utilisé l'argument-béton de la fin de session pour fausser compagnie à tout le monde. À 10h, on dormait.
Dimanche, départ (enfin!). Paysages à couper le souffle, dans les montagnes. Retour morose à la maison: les examens commencent, on n'a plus le temps de niaiser. Ça va mal mal mal.....!